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L'idée de recherche dans les pratiques du théâtre de la fin du XIXe siècle à aujourd'hui. 5-7 février 2015

 
Colloque international organisé à l'ENSATT, en partenariat avec l'Université Lyon 2 et l'ENS de Lyon. Porté par l'équipe de recherche ENSATT-Passages XX-XXI, 5-6-7 février 2015.

Direction scientifique du colloque : Mireille Losco-Lena (ENSATT), Anne Pellois (ENS de Lyon) et Julie Sermon (Université Lyon 2).
 

Programme du colloque

NB : le programme est téléchargeable dans l'encadré ci-contre.





Appel à communications


Problématique du colloque

L'objectif de ce colloque est de questionner, de façon à la fois historique et épistémologique, l'apparition, depuis la fin du XIXe siècle, d'une idée de recherche au sein des discours et des pratiques théâtrales occidentales - idée aujourd'hui tellement banalisée qu'on oublie à quel point son émergence (telle sera l'hypothèse qu'entend examiner ce colloque) a été constitutive du mouvement de réformes engagées au tournant du XXe siècle, et désigné par l'expression « théâtre d'art ». En effet, si les travaux en études théâtrales ont bien mis en évidence le désir qu'avaient les grands réformateurs de la scène moderne de rompre avec la logique commerciale qui tendait à toujours davantage imposer ses règles dans la production artistique, l'accent a en revanche été peu mis sur le fait que cette exigence d'une « rénovation théâtrale » ou d'un « théâtre de l'avenir » s'est formulée en prenant appui, de manière explicite ou plus latente, effective ou métaphorique, sur un modèle d'inspiration scientifique. Historiquement, l'émergence d'un paradigme de recherche dans le champ théâtral est en effet le produit d'une contamination ou contiguïté avec le remarquable essor des sciences expérimentales dans le dernier tiers du XIXe siècle ? « Nous sommes malades de progrès et de science » écrivait alors Zola, exprimant la fébrilité d'une société fascinée par le modèle expérimental scientifique et pensant les termes de sa possible migration dans le champ de l'art. A cette conception de départ, très marquée par le positivisme, répondent tout au long du XXe siècle des conceptions très variées de la recherche.

Il s'agira donc, dans le cadre de ce colloque, de repenser à nouveaux frais la question du théâtre d'art en se focalisant sur la dimension expérimentale et heuristique d'une pratique nourrie par l'idée de recherche. Recherche certes non « académique » ou non nécessairement formalisée comme telle : l'objectif est moins de faire l'archéologie de ce qui se nomme aujourd'hui « recherche-création » ou « recherche en art », que d'examiner comment l'interférence du paradigme de recherche avec le champ artistique a constitué un moteur artistique tout au long du XXe siècle, et jusqu'en ce début de XXIe siècle. Si le colloque sera précédé d'une journée de rencontres professionnelles consacrées à l'actuel débat autour de la recherche-création, le colloque proprement dit visera à éclairer, de façon plus large, pourquoi et en quoi un certain nombre d'artistes et d'artisans du théâtre entretiennent depuis un siècle une familiarité avec l'idée de recherche. On s'attachera à souligner la dimension historiquement plurielle et non unifiée de cette « idée de recherche », dans sa conception comme dans ses modalités : une telle idée ne se résume pas à l'émergence d'une méthodologie plus ou moins scientifique et plus ou moins directement inspirée par les sciences expérimentales, pas plus qu'elle ne s'inscrit dans les cadres d'une épistémologie stabilisée. C'est l'état des lieux d'une nébuleuse artistique instable et variée, dont le potentiel créatif n'a cessé de se renouveler, qui sera donc au coeur des interrogations.

Perspective historique

La transformation des pratiques théâtrales qui s'opère, très progressivement à partir des années 1890, affecte non seulement l'organisation des métiers et des modes de production, mais elle modifie également l'horizon esthétique du théâtre, en accordant une place importante à la recherche de formes et de langages nouveaux - qui vont sous-tendre une part de la création scénique au XXe siècle. S'affirme une pensée de « l'expérimentation » - expérimentation des formes mais aussi du monde et de la vie - qui situe l'activité artistique, du moins partiellement, sur le terrain d'une investigation consciente, voire systématique, revendiquée comme telle et adossée à des protocoles.

Avec l'apparition de « laboratoires » ou « studios » dans toute l'Europe de la première moitié du XXe siècle, un espace artistique original s'invente, qui permet des temps de recherche en vue du renouvellement de l'art du théâtre. Un tel espace est également un lieu pour repenser l'enseignement et la formation des artistes, privilégiant la recherche plutôt que la transmission académique, jugée sclérosée. Les studios fondés par Stanislavski en Russie, le laboratoire Reduta en Pologne, « l'atelier de l'art futur, le laboratoire d'une humanité nouvelle » qu'est Hellerau en Allemagne, etc., élaborent des expérimentations qui ne sont pas seulement au service de la création du « chef d'oeuvre » : ils inventent également ce que Georges Didi-Huberman a appelé des « oeuvres à l'oeuvre », c'est-à-dire des « spectacles » dont la fonction est de viser une «connaissance partagée» en conviant les spectateurs à se faire les témoins d'une recherche en cours.

Les laboratoires constituent de ce point de vue des hétérotopies du théââtre, qui pourront se nommer, à partir de l'entre-deux guerres puis après 1945, « théâtre de recherche » ou « théâtre expérimental ». Si le phénomène peut sembler minoritaire dans l'ensemble du paysage théâtral, son impact sur l'évolution de la scène dans le siècle est essentiel. Dans les années 1960, Antoine Vitez défend ainsi un «droit à l'expérimentation » qu'il pense non pas comme un geste minoritaire et coupé d'un large public, mais comme la « condition même d'existence d'un authentique théâtre populaire, d'un théâtre nouveau ».
Les orientations de l'idée de recherche au XXe siècle sont multiples. Initiée par Stanislavski - et même, avant lui, par André Antoine - la recherche sur le jeu d'acteur constitue l'un des grands axes de travail, depuis l'étude psychologique, éclairée et irriguée par les travaux médicaux de l'époque, jusqu'à la constitution d'une anthropologie du jeu, chez Grotowski, Barba et Brook. La recherche d'outils et de langages scéniques nouveaux est également l'un des axes essentiels du développement de l'idée et de la pratique de la recherche depuis la fin du XIXe siècle. Elle prend une part prépondérante dans la définition du « théâtre expérimental » à partir de l'après-guerre, en Europe puis, à partir des années 1960-70 aux E?tats-Unis. Aujourd'hui, la recherche la plus visible médiatiquement et la plus valorisée est certainement celle liée à l'expérimentation technologique, notamment numérique; et des collaborations de recherche entre artistes et industriels se développent. L'idée expérimentale connaît également un déplacement du côté du spectateur : nombre de formes spectaculaires actuelles, dites « immersives », proposent au spectateur une « expérience » inédite ; on peut alors parler non plus de théâtre « expérimental » mais de théâtre « expérimentable ». D'une façon générale, il est essentiel de souligner que l'idée de recherche, plurielle et polymorphe, ne se réduit pas à l'avénement de la figure du metteur en scène au XXe siècle, mais qu'elle engage la dimension collective de la fabrique théâtrale dont elle traverse et irrigue les différents métiers.

Axes de recherche

Ce colloque, qui sera le point d'aboutissement du séminaire de recherche « Représenter/expérimenter » (initié en 2012 à l'ENSATT), fait appel aux chercheurs universitaires aussi bien qu'aux praticiens des différents métiers du théâtre.

Les axes suivants seront privilégiés :

- Axe historique : étude historique de l'idée de recherche, de façon transversale ou à travers des études précises de cas représentatifs ; examen des modifications des pratiques artistiques au XXe siècle par contamination avec l'idée de recherche (par exemple la répétition de théâtre, ou l'essor de la dramaturgie) ; débats soulevés par l'idée de recherche et les pratiques expérimentales depuis le tournant du XXe siècle ; état des lieux de l'idée de recherche aujourd'hui chez les artistes et artisans du théâtre ; enjeux sociologiques et économiques liés à l'idée de recherche.

- Axe épistémologique : Réflexion épistémologique sur les gestes de recherche dans le théâtre ; statut de paradigme ou de métaphore de la recherche au sein du théâtre ; étude des modèles scientifiques éventuellement convoqués (modèle physiologique, psychologique, anthropologique, technologique) ; remodelages de la définition de l'art au contact de l'idée de recherche (approches croisées esthétique/épistémologie) ; examen des mutations du vocabulaire artistique et interrogation sémantique sur les mots de la recherche (« expérimentation », « laboratoire »).

Propositions d'intervention

Les propositions d'intervention (titre et résumé de 10 lignes), ainsi qu'une courte note bio-bibliographique, sont à adresser pour le 30 avril 2014 à :
Mireille Losco-Lena; Anne Pellois et Julie Sermon

 


 

 

mise à jour le 11 octobre 2016


Documents :

Université Lumière Lyon 2