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Travail de mémoire et productivité de l'inattendu dans la création algérienne, à la lumière du « printemps arabe ». 23 novembre 2012

 

- Journée d'études organisée par le groupe des études francophones-Passages XX-XXI et l'association AFARA

- Université Lyon 2, Grand Amphithéâtre (18 quai Claude Bernard), 23 novembre 2012

 

PRÉSENTATION

 

Nous avons tous été surpris par l'ampleur de ce qu'il est convenu d'appeler le « Printemps arabe », né à l'hiver 2010-2011 en Tunisie pour se prolonger en Égypte et dans de nombreux autres pays de la région. Quels que doivent être les développements politiques de ces séquences, elles bouleversent profondément notre regard sur le monde, ne déstabilisant pas moins l'assurance des discours convenus que leurs formes. Devant cette brèche, on attend de la parole littéraire l'invention de nouveaux modes du dire : non pas tant des réponses échappant aux idéologies que le jaillissement de modalités langagières nouvelles. Car si, comme le roi soudain nu, les idéologies se révèlent impuissantes à rendre compte du réel, la littérature ne saurait, elle non plus, se contenter de modèles génériques rassis.

Pourtant, là où la Tunisie a été le détonateur des « Révolutions du jasmin », l'Algérie s'est apparemment contentée de quelques revendications corporatistes, le plus souvent satisfaites au coup par coup : ne serait-elle donc pas concernée par ce « Printemps arabe » ?
En fait les choses sont plus complexes qu'il n'y paraît. Non seulement l'avenir politique de l'Algérie reste à bien des titres une énigme, mais on sait que sa littérature pratique depuis longtemps (souvenons-nous de Kateb Yacine, parmi d'autres) cette subversion généralisée des genres, subversion aussi de ce qui les distingue les uns des autres, comme de ce qui distingue le « littéraire » du « non-littéraire », et s'interroge avec Mohammed Dib sur les pouvoirs du langage face aux défis d'un réel qui toujours lui échappe. La postmodernité dans laquelle cette production est entrée depuis les années 80 va encore plus loin : la subversion formelle n'est même plus un exercice de littérarité, elle est au diapason d'une véritable submersion du dire par un réel qui balaye tous les supports rhétoriques sur lesquels la recherche d'un sens s'appuyait jusque là. Au reste, dans la production cinématographique, cette irruption du réel, en rupture avec la commémoration quelque peu figée de films emblématiques comme la Chronique des années de braise (1975), se retrouve dans des productions plus récentes comme le Voyage à Alger d'Abdelkrim Bahloul (2010) ou La Chine est encore loin de Malek Bensmaïl (2008) qui font place à un inattendu en rapport avec le processus mémoriel. Les films de Tariq Téguia ont aussi, dès le début des années 2000, fait preuve d'un radical renouvellement des formes, jouant sur la temporalité, les dialogues, l'irruption intempestive du réel dans la fiction, la reconduction de discours sociaux opposés qui se télescopent ; en somme, la mise en oeuvre d'un réel instable qui cherche sa direction et révèle, d'une certaine façon, le futur qui s'avance vers nous.

D'ailleurs même si leur résonance en nous est opposée, l'actuel « Printemps arabe » a au moins un point en commun avec le terrorisme des années quatre-vingt-dix en Algérie : nous empêcher de nous contenter des explications que nos idéologies nous proposent parfois encore. Plus que le sens, c'est bien le pouvoir des discours à le produire qui est ici en question. Et au-delà donc de ce pouvoir de produire le sens, la légitimité des rhétoriques sur lesquelles il s'appuyait jusque-là. L'inattendu est certes dans ces événements que notre regard voilé par le prisme idéologique n'avait pas su pré-voir, mais il est aussi dans l'écroulementdes rhétoriques qui nourrissaient ce regard, même si on peut y voir aussi le résultat du télescopage des idéologies et des rhétoriques coprésentes dans le champ culturel, qui se donne à voir dans cette « incohérence » et cet émiettement du sens.

Cette journée d'études s'attachera donc à traquer, dans la production littéraire et cinématographique algérienne, cet inattendu que les bouleversements politiques récents nous ont fait découvrir en Tunisie puis en Égypte, alors même qu'il semble ne pas s'être manifesté sur le plan politique en Algérie. On pourra bien sûr y décrire les premiers textes que ce « printemps arabe » est en train de susciter, s'il y en a en Algérie. Mais peut-être aussi se demander si le bouleversement des formes auquel on assiste depuis les années 80, et même parfois depuis plus longtemps, ne préparait pas déjà, à notre insu, la survenue de cet inattendu et de ses défis. Ou encore, si on n'assiste pas à une remise en cause de la binarité sur laquelle reposent encore nombre de descriptions idéologiques de la décolonisation, là où la « condition postmoderne » suppose la dissémination, l'inattendu, et en tout cas la ruine d'une rhétorique binaire.

Elle pourra peut-être aussi s'appuyer sur une différence qui commence à se faire jour entre les textes publiés en France, chez des éditeurs de plus en plus nombreux, et ceux publiés au Maghreb par une jeune édition en pleine croissance, et qui sont souvent bien plus divers et inattendus, précisément, que les premiers : la lecture européenne de la littérature maghrébine n'est-elle pas, encore, tributaire d'une attente informée par l'histoire de la décolonisation, là où la jeune lecture maghrébine apparaît peut-être plus disponible à l'inattendu ?

Cette journée d'études consacrée à l'Algérie dans le cadre du cinquantenaire de l'Indépendance sera, enfin, le prélude d'un colloque à l'ambition plus vaste, qui se tiendra en 2013, sur l'inattendu dans la production littéraire et artistique de tout le Monde arabe, à la lumière de ce « Printemps ». C'est pourquoi elle se terminera par un débat sur les dimensions socio-historiques et psychanalytiques de cette Révolution arabe, animé par Zohra Perret, débat qui précisera les problématiques et les enjeux du colloque des 24-26 octobre 2013.

PROGRAMME

 

 

 

 

 


mise à jour le 20 septembre 2015


Université Lumière Lyon 2