Publié le 15 janvier 2026 Mis à jour le 23 février 2026
le 26 février 2026
Campus Berges du Rhône
De 14h à 16h
Le laboratoire Passages Arts & Littératures (XX-XXI) accueille pour l'année 2025-2026 le séminaire en études cinématographiques Anatomie de la recherche

Ce séminaire en études cinématographiques est consacré à l'analyse, la théorie et l'histoire des images et du cinéma. Nous nous intéresserons tout particulièrement aux objets émergents ainsi qu’aux questions de méthodologie de la recherche liées à l’apparition de nouvelles orientations disciplinaires. Il accueillera les travaux des doctorant·es, docteur·es et enseignant·es-chercheurs·euses qui font l’actualité de la recherche.

Ce séminaire mensuel se tiendra sur le campus Berges du Rhône un jeudi par mois, de 14h à 16h. 


Programme de la séance

Florentin Groh – doctorant, Université Aix-Marseille 
« Image-Monstre et logiques de représentations horrifiques. Autour des considérations adolescentes de l'expérience horrifique à travers une médiation nouvelle au cinéma d'horreur. » 

La présentation propose de revenir sur les questions esthétiques de la recherche de thèse autour des représentations de la violence dans le cinéma d'horreur américain, plus particulièrement dans le sous-genre slasher où un groupe de jeunes adultes est traqué par un tueur. Nous reviendrons dans un premier temps sur ce qui caractérise une expérience horrifique avec une réflexion autour des études empruntant à la sémiologie, à la psychanalytique, et à la philosophie ; afin de saisir l’enjeu esthétique d’une expérience. Nous proposons ensuite de réfléchir aux limites positivistes des approches esthétiques symbolisant l’expérience spectatorielle à partir de concept préétabli, afin de composer une méthode d’analyse empruntant à la sémio-pragmatique de Roger Odin et au concept d’« embodied aesthetic » de Bruno Trentini. Nous questionnerons alors l’expérience de la violence à travers une dimension cognitive et prendrons en exemple un corpus de 182 films slashers et 70 films survival, allant de 1960 à 2023. Cette partie sera l’occasion d’exposer les résultats des analyses, de revenir sur la définition des deux sous-genres, et de questionner méta-reflexivement la possibilité de dépasser les biais disciplinaires pour comprendre la 
symbolique esthétique dans le temps de l’expérience spectatorielle.
 
Affilié au laboratoire P.R.I.S.M (Perception. Représentation. Image. Son. Musique) de l'Université d'Aix-Marseille, en quatrième année de doctorat, et ATER à l’Université de Montpellier Paul Valéry en Information-Communication, ma recherche de thèse porte sur l'étude des états émotionnels et cognitifs d'un groupe d'adolescent.e.s pour comprendre la nature de l’expérience dans les films du sous-genre slasher ; me permettant de croiser et étendre ses recherches aux genres horrifiques, et développer un principe d’analyse liée au retour mémoriel sur les émotions. Inscrits dans une dimension inter-disciplinaire, mes domaines de recherches sont : les sciences de l’information et de la communication, les sciences de l’éducation, la(es) médiation(s) culturelle(s), l’anthropologie visuelle, les études esthétiques, les sciences cognitives, et l’histoire de l’art. Mes sujets d’analyses reposent essentiellement sur les représentations de la violence (au cinéma et dans les médias), le cinéma d’horreur dans son ensemble (plus spécialement sur la période « moderne » (à partir de 1960) et les sous-genres slasher, survival, et body-horror). 

Sadaf Hakimian – doctorante, Rutgers University 
« Passivité radicale et poétique du refus : le cinéma et la littérature féminine après 1968 » 

Ce projet explore la passivité non pas comme une stratégie délibérée, mais comme un état vécu et affectif qui trouble les cadres conventionnels de l’action et de la résistance. Dans les films et écrits de Barbara Loden (Wanda, 1970), Marguerite Duras (Le Camion, 1977), Christine Pascal (La Garce, 1984) et Catherine Breillat (Sale comme un ange, 1991), la passivité se manifeste comme une rencontre dynamique, parfois blessante, avec le monde, des moments où les personnages se retirent, hésitent ou restent suspendus dans l’inaction. Ces instants ne se contentent pas de représenter la résistance ; ils remettent en question les coordonnées mêmes à partir desquelles la résistance se définit, déstabilisant les paradigmes dominants façonnés par les pensées féministes de première et deuxième vagues et par le contexte politique post-1968. En se concentrant sur la poétique du refus dans ces œuvres, le projet montre comment la passivité ouvre sur des possibilités affectives, politiques et esthétiques au-delà de l’agency conventionnelle, révélant des modes alternatifs d’expérience, d’expression et de critique. 
En proposant un dialogue entre les films et le texte de Jacques Derrida, Force de loi : Le « Fondement mystique de l’autorité », l’analyse voudrait montrer comment la passivité peut fonctionner comme un mode de déstabilisation des structures judiciaires. En « s’adressant à l’autre dans la langue de l’autre » les protagonistes incarnent une négation ou une subversion : leur inaction ou soumission performative trouble l’autorité conventionnelle et révèle la loi comme un construit plutôt qu’un pouvoir fixe. La passivité agit ainsi de l’intérieur du système tout en le sapant simultanément.  
La passivité émerge non seulement à travers le personnage, mais aussi à travers la 
forme elle-même : images, hiatus narratifs et structures flottantes invitent le spectateur à parcourir le cadre cinématographique et, comme l’écrit Lyotard dans Discours, Figure, à « y tracer des chemins, y co-tracer des chemins » (15), selon un mode d’engagement non coercitif. 
Dans Wanda et Le Camion, le vagabondage et l’inertie font ainsi résistance aux impératifs de la productivité conventionnelle, en écho au refrain durassien : « que le monde aille à sa perte ». La passivité y apparaît dès lors comme un mode pluriel et dynamique, irréductible à l’inaction ou à la conformité, ouvrant de nouvelles perspectives pour penser la résistance féministe, la subjectivité et la pratique créative. 
 
Sadaf Hakimian est chercheuse, artiste visuelle et musicienne. Elle est actuellement doctorante en quatrième année au département de littérature comparée de Rutgers University (États-Unis). Ses recherches portent principalement sur le cinéma féminin de la fin des années 1970 au début des années 2000, notamment les œuvres de Barbara Loden, Marguerite Duras, Christine Pascal et Catherine Breillat, ainsi que sur les pratiques d’écriture de soi chez les artistes femmes d’avant-garde et surréalistes (Unica Zürn, Emmy Hennings, Joyce Mansour). Elle s’intéresse également aux représentations de la passivité radicale et de la dérive dans l’écriture et le cinéma des femmes, au mysticisme chrétien (en particulier Simone Weil), à la déconstruction, à l’art de la performance et à la théorie féministe post-structuraliste. Elle a récemment publié un article sur l’artiste d’avant-garde suisse Irène Zurkinden (1909–1987), paru en juin 2025 dans le catalogue de l’exposition rétrospective produite par la Kulturstiftung Basel H. Geiger (Bâle). 
Parallèlement à son travail académique, elle développe une pratique artistique multidisciplinaire articulant dessin, peinture, son électronique expérimental, improvisation au violon et performance. Ses interventions visuelles, sonores et performatives oscillent entre opacité et narration, souvent traversées par des strates cinématographiques et littéraires. Son travail vise à déstabiliser et à renverser l’affect introspectif propre à la performance contemporaine, tout en puisant dans, et en subvertissant, les langages de l’autofiction et de la relation artiste/muse. Ses compositions originales proposent un assemblage de matériaux intuitifs et dissonants, inspirés par des archéologies sonores globales contemporaines, flirtant constamment avec le bruit. Ses peintures et œuvres visuelles suivent un processus similaire d’improvisation, avec un intérêt marqué pour l’autoportrait, les récits fragmentés et la mémoire rejouée. Sadaf a présenté son travail lors d’expositions personnelles à la Luma Foundation Westbau à Zurich et à Forde à Genève. Elle a également présenté des performances et des œuvres vidéo au Museum of Modern Art (MoMA) et à MoMA PS1 à New York, à l’ICA VCU, à la 9e Biennale de Berlin et au Musée des beaux-arts de Montréal. Son travail a été présenté dans des publications telles que Pitchfork, The Wire, i-D, V Magazine, Artforum, FADER et The Guardian (Royaume-Uni).
  

Informations pratiques

Lieu(x)

Campus Berges du Rhône

Salle GAI 104 (bâtiment Gaïa)
86, rue Pasteur
69007 Lyon